L’indépendance

Ces presque trois semaines de break m’ont conforté dans l’idée que je ne suis absolument pas faite pour être celle qui reste à la maison sans travailler. Je ne suis pas vraiment surprise. Pas du tout même.

Avoir un travail à temps complet me manque. Terriblement. Alors, oui, je sais que ça va bien finir par arriver, que c’est déjà mieux que rien, que je dois laisser le temps au temps. Mais, malgré tout, j’ai beau le savoir, l’entendre, ça me manque. Comme si une partie de moi n’était plus là. Avoir des collègues, tisser des liens, même professionnels, même superficiels, même aussi tenus que ceux qu’on tisse pendant une pause café où on échange des banalités. Se sentir utile, à sa place, là, dans une équipe pédagogique et au milieu des élèves. Tout ça me manque.

Et puis, même si j’ai beaucoup de chance parce que le salaire de l’amoureux est très confortable, ma complète indépendance financière me manque. Cette possibilité de pouvoir m’assumer totalement, disposer de mon argent, à moi, que j’ai gagné, moi, toute seule. Certes, j’ai trouvé quelques cours particuliers. Mais une fois mon assurance santé payée, l’essence, les impôts en France, il ne me reste plus grand chose, et j’essaye au maximum de le placer sur mon compte épargne. Mais, au moins, j’ai l’impression de pouvoir un peu m’assumer.

Ce qui me manque aussi beaucoup, c’est de pouvoir participer aux dépenses du foyer. Payer une partie du loyer, des charges, des courses. Alors oui, j’ai la chance de vivre avec quelqu’un qui peut assumer tout ça, qui jamais, au grand jamais ne me culpabilise, ni ne me fait de remarques par rapport à tout ça. Qui me rassure même quand je lui fais part de ce que je ressens. Mais voilà, la culpabilité, elle est en moi et c’est comme ça. Je ne suis pas celle qui va aller s’acheter des vêtements, faire les magasins,  comme ça, avec la carte bancaire du compte commun sans jamais contribuer à l’alimenter. Parce que je suis sans doute un peu fière, surtout parce que je suis d’un tempérament indépendant, parce que cette situation n’est pas vraiment un choix de ma part aussi.

Je ne juge personne et je ne veux blesser personne. Si une femme est heureuse en restant à la maison, profitant de ses enfants quand elle en a, du salaire (confortable parfois) de son mari, je respecte son choix (je ne parle que de celle pour qui c’est un choix ici, absolument pas de gens au chômage, qui n’arrivent pas à (re)trouver un travail). Ce choix, je le respecte oui, mais j’ai du mal à le comprendre, parce qu’il est très éloigné de ce que je suis et ce que je veux. J’ai du mal à comprendre qu’on puisse s’épanouir sans avoir une vie professionnelle à soi, des collègues, un salaire, une indépendance financière. Alors oui, élever ses enfants, les voir grandir, s’occuper d’une maison, c’est peut-être bien un métier à part entière, qui a ses avantages, sûrement. Peut-être que moi aussi, quand j’aurais un bébé, je choisirais, comme beaucoup de femmes ici d’ailleurs (pour des questions d’argent bien souvent, le coût des modes de garde étant exorbitant), de rester à la maison les premiers mois, voire années. Mais si c’était le cas, cette vie de maman au foyer, je la vois provisoire, comme une étape, et pas comme une fin en soi. Parce que je pense que le travail, l’enrichissement professionnel, l’indépendance financière finiraient, comme aujourd’hui, bien vite par me manquer cruellement.

Autour d’une petite robe noire

Les mots viennent parfois des choses les plus anodines sans qu’on sache vraiment pourquoi. Comme une robe.

La forme est simple, et peut paraître trop simpliste pour certain(e)s mais peu m’importe. La couleur, noire, pourtant n’est plus autant dans mes habitudes. Je le délaisse de plus en plus souvent, pour le bleu, le bordeaux, et les teintes camel, pour les sacs et les chaussures notamment. Mais voilà qu’elle est apparue au détour d’une visite nocturne sur le site d’une boutique fétiche. Elle était là, juste une petite robe noire en cachemire. Un nœud en satin à nouer derrière, une coupe parfaite pour moi. Depuis, je m’imagine la porter lors d’une journée d’hiver agrémentée de bottines camel et d’un rouge à lèvres rouge vif. Elle confirme, si besoin est, mon goût de plus en plus affirmé pour les pièces simples, sobres, élégantes, sans fioritures ni sans trop d’imprimés débordants.

La simplicité, la douceur, la sobriété, l’élégance, la bienveillance. Voilà ce que j’aspire à cultiver encore davantage dans cette trente-deuxième année de vie qui s’amorce.

Comme ce dimanche à l’ambiance automnale où l’on pourrait presque deviner les couleurs mordorées que prendront les feuilles d’ici quelques semaines. Un dimanche tout simple, pour ne pas penser au lendemain qui fait un peu peur et qui intimide. Un dimanche où on part s’aérer pour ne pas tomber dans le piège des « et si » et des remises en question perpétuelles et empoisonneuses. Juste profiter de ce moment partagé et se laisser séduire par une toute petite ville typique lovée au bord du Rhin. Et le partage qui fait sourire, celui de lui faire aimer mes artistes fétiches et indispensables.

Cultiver la bienveillance envers soi en se donnant le temps d’apprivoiser un nouvel environnement si différent. Le temps de trouver une place en espérant bien fort que tout ça n’est que le début. Lutter contre cette vague de tristesse et de nostalgie qui m’envahissent quand je m’assois sur les fauteuils rouges d’une salle un peu trop silencieuse et inconnue. Je repense à nos fauteuils bleus, à cette salle pleine de défauts, mais toujours chaleureuse, remplie de rires et des collègues devenues amies et elles me manquent plus encore. Il faut apprendre la patience, l’adaptation qui demande toujours du temps et de l’implication. Ne pas trop s’appesantir sur cette sensation étrange de n’être que de passage, un peu à part, et sur cette sensation de se sentir un peu mal à l’aise une fois les quarante minutes de cours terminées pour la journée. Croire que ce n’est qu’un commencement, que la première étape d’une route que j’espère longue et enrichissante.

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Pour les curieuses, la robe est ici.

Et puis, je me suis aussi lancée un défi, celui d’écrire un peu chaque jour. Pour lire ces petites pastilles du quotidien, j’ai créé une page ici et un Tumblr . L’idée n’est pas de remplacer les notes publiées ici, mais de les compléter, les inspirer parfois, toujours avec l’envie d’écrire et de partager.

C’était août

Le bonheur, c’est simple comme une promenade au soleil couchant au bord de la mer dans la douceur d’un soir d’été. Main dans la main, me serrer contre lui, rire, sentir ses lèvres au creux de mon cou. Déguster une crêpe à la crème de marrons assise sur un banc, silencieux, à regarder la mer à perte de vue. Ce moment-là résume tout de notre semaine si jolie à Arcachon. Se retrouver, profiter de tout, des glaces, des restaurants. Les escapades, le ciel bleu et la mer, une balade en bateau, louer des vélos, monter sur la dune du Pilat, se baigner, être ensemble, tout simplement.

Photos personnelles

Et septembre

Cette année, je te regardais du coin de l’œil, sans impatience véritable. Moi qui ai toujours aimé septembre, l’odeur du neuf, les cahiers multicolores qui s’alignent à perte de vue dans les rayons. Choisir un agenda, acheter un beau stylo. Vingt-neuf années de rentrée scolaire, dans ce rythme immuable et terriblement rassurant des nouveaux départs dès le mois d’août achevé. Et puis, cette année, tu t’annonçais si différent, si terriblement vide. Un mois de septembre sans rentrée, je ne savais pas faire. J’y pensais sans vouloir y penser en profitant d’août rempli de soleil, de balades, de paysages, de glaces dégustées avec délice et gourmandise. Août qui me paraissait parfois long est passé comme un éclair.

Septembre, tu m’effrayais. Je dois bien l’avouer maintenant. Et puis, l’inattendu.  C’est venu de ces jalons posés, comme ça, des bouteilles envoyées à la mer sans qu’on sache vraiment si elles atteindront leur destination. Et voilà, coup sur coup, ses deux petites portes qui s’ouvrent. Petites, oui, mais emplies de lumière, de nouveautés qui font battre le cœur bien fort, de défis qui enthousiasment. Qui me font réaliser aussi que ce changement m’est salutaire, nécessaire. J’en avais besoin sans me l’avouer. Je ressens ce petit pincement au cœur en pensant à la rentrée qui s’est déroulée sans moi là-bas, à mes collègues-amis qui me manquent déjà terriblement, aux élèves que j’aurais tant voulu voir grandir, oui. Mais, pour autant, je me sens pleine d’envie. Et surtout, je n’ai pas peur.

Et pourtant, le défi est de taille. Parce que finalement, tout cela ne correspond pas vraiment à ma formation. Mais l’envie d’essayer est plus forte. Et puis, avoir une occupation, avoir une petite indépendance financière, me fait tellement de bien. Comme si une chape de plomb s’était échappée de mes épaules. Je souris, et me dis que voilà, je me retrouve pour quelques petites heures par semaine à donner des cours de français. Et puis, j’espère que ça ne sera que le début, que la première étape. Mais, je ne peux m’empêcher de me sentir fière. Oui, pour une fois, je l’avoue sans fard, je me sens fière de moi.

Septembre et tes nouveaux départs, tes résolutions, tes cahiers à l’odeur du neuf, l’année de plus qui se profile pour moi, tes envies. Je suis heureuse de t’accueillir.

Le premier jour

J’ai quitté la Normandie sous une petite pluie fine et un ciel gris, comme si elle voulait à tout prix ressembler aux clichés parfois vrais qui l’accompagnent. Près de huit-cent kilomètres avalés en voiture, sans se tromper, sans se perdre, en toute quiétude. Les épaules un peu endolories, les jambes un peu lourdes, mais j’ai passé la frontière et puis, je me suis arrêtée sur le parking au bas de chez nous. Et comme ça, j’étais arrivée, j’étais une expatriée.

Il y a des cartons un peu partout, des meubles à installer, prendre ses marques, mais ça, c’est pas grave. C’est même chouette de faire de cet appartement notre chez-nous, de le remplir de livres et d’y mettre un peu de chaleur. Le stress et la fatigue des dernières semaines vont bien finir par me tomber sur le coin du nez, mais, pour le moment, je suis toujours une petite tornade d’énergie qui range, trie, aménage.

Entre les cartons, les papiers, des rdv médicaux, il y a eu deux jours de parenthèse à Londres, et c’était très chouette. On a beaucoup marché, j’ai eu la confirmation que Londres et moi, c’était une grande histoire d’amour. C’était aussi une très jolie manière de dire au-revoir à mes copines du boulot.

Le repos sera cependant nécessaire et je dois prendre soin de moi. Rien de grave, mais au milieu des préparatifs du départ, au détour d’une prise de sang de contrôle, on m’a découvert un pépin de santé. Un truc commun, qui touche beaucoup de femmes, pas grave, mais très embêtant et, surtout, qui demande un suivi médical très régulier. Pas l’idéal quand on part vivre dans un pays où l’assurance médicale privée coûte très chère et dans lequel on ne parle pas vraiment la langue. On est pas très loin de France, heureusement. Alors, je vais prendre soin de moi, me soigner, me reposer, savourer d’être de nouveau à deux, lire, lire, lire. Et compter les jours avant nos vacances atlantiques.

Et puis, surtout, surtout, nous retrouver, enfin, après sept mois de vie de couple mise entre parenthèses. Me blottir dans ses bras, nos fous-rires, se sourire, et puis, ce projet un peu fou qui se dessine, mais chut, je ne dis rien pour le moment.

Lundi, c’était le premier jour de ce nouveau chapitre, celui de ma vie d’expatriée.